Message 2017 de la FQTA

Amateur… amateur… est-ce que j’ai une gueule d’amateur, Jean qui pleure ? Mais qu’importe ! Jean rit, Jean chante et danse son infini cortège à Dionysos. Jean exulte son art. Sur les planches, la comédie joue son drame avec son charmant petit chapeau de clown. Regardez-le faire sa pantomime dans le miroir sans tain de l’illustre quotidien ! Insensé. Marginal. Irrévérencieux. Un drame en trois actes, en somme !

Les fauteuils craquent. Les ombres surgissent côté cour et le rideau s’ouvre au dieu errant. Les rires… Les rires qui n’ont jamais arrêté comme un écho perpétuel. Intemporel. Les rires qui sont restés accrochés tels des pantins après son cœur de comédienne. Ah ! La douce tragédie !

Alors les gens n’ont pas compris tous les mots, la pièce était ardue. La vie se vit en amateur, Jean qui pleure ! Le salut à la fin sous le crépitement des applaudissements. Le linceul et le bruit du cercueil qui se ferme. Les fleurs. Les projecteurs. Saint Genès de Rome qui se signe. C’est un spectacle comme un autre, un de plus qui finit. Le curé qui descend côté jardin, le technicien ferme les lumières, le metteur en scène choisira bientôt un autre texte. L’auteur se prépare, il rêve… il rêve de la comédienne. C’est ta vie ? Ta vie que je veux réécrire ?

Les mots ne partent pas sous la terre avec le sang, non ! Les mots glissent d’un cœur à l’autre. Ils se jouent, ils se crient, ils se déclament là, devant les strapontins de velours pourpre, au théâtre ce soir ! Tous debout, sans grades ni statuts, nés de l’art et de la passion.
 
Aux larmes, on y rit des drames à gorge déployée.
On y badine des amours trop grands pour l’amour.
On y enterre des morts trop légers pour la terre et des mots trop lourds pour le ciel.
On y caricature l’horreur, drapé d’une cape d’or ; à genoux, en vers, en quatrain, Molière, Shakespeare, le pire, le meilleur… Ah ! L’homme inspire. Expire sa folie. Il explique à Dieu la vie ici-bas pour le faire rigoler. Pour ne pas lui faire peur. Pour ne pas qu’Il s’en aille avant la fin.

Amateur… amateur… est-ce que j’ai une gueule d’amateur ? Non ! Jean, ne pleure plus ! C’est l’amour qu’on redonne. Que l’on joue.
 
Théâtre ou battement de cœur ?
 
 
Catherine Chevrot-Aubaric
 
Présentation de l'auteure

Je travaille avec le Théâtre des Deux Masques depuis dix-sept ans. Parallèlement je vois de temps à autre mes pièces jouées en Europe ou ailleurs au Canada.
J’ai gagné à trois reprises le Concours-Création-Théâtre de la FQTA.
J’ai publié en 2011 mon premier roman: Le Feu des miroirs.
Je travaille depuis 4 ans sur le projet d’une trilogie fantastique/fantasy.
Écrire est ma raison de vivre depuis que je sais tenir un crayon.