Anecdotes et superstitions au théâtre


Anecdotes
 
Sarah Bernhardt et le trac
Une jeune actrice confiait à Sarah Bernhardt qu’avant d’entrer en scène, elle n’éprouvait jamais le trac. Et Sarah Bernhardt de lui répondre : « Ne vous en faites pas, cela vient avec le talent. »

Tel est pris… (ou le maréchal jaloux)
Un comédien qui interprétait Napoléon connaissant un grand succès qui rendait jaloux l’un de ses collègues qui lui, tenait le rôle d’un simple maréchal. Pendant la pièce, Napoléon devait lire une longue lettre apportée par le maréchal. L’empereur de théâtre n’avait jamais appris cette lettre par c&ur et se contentait de déchiffrer, à la lumière des feux de la rampe, le texte transcrit sur les feuilles que lui apportait son collègue. Un soir, l’acteur jaloux apporte le papier scellé de rouge et le tend à son souverain avec un malin sourire : «Lisez, sire!» Les feuilles de la lettre sont vierges de toute inscription et Napoléon se sent devenir aussi blanc qu’elles. Il se croit perdu et maudit l’auteur de ce mauvais tour tout comme la paresse qui l’a incité à ne pas apprendre ce texte ; il sent que son partenaire savoure déjà sa déconfiture. Mais il a un éclair de génie et sourit à son tour. Il remet la lettre au plaisantin : « Nous n’avons pas de secrets pour vous, maréchal, lisez vous-même. »
 

Le Soleil du Roi Boiteux 
En juin et juillet 1982, le Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) donna quelques représentations en plein air de son cycle théâtral Vie et mort du Roi Boiteux, six pièces avec prologues et épilogues, un texte et une mise en scène de Jean-Pierre Ronfard. Le tout commence à neuf heures trente le matin et se termine au milieu de la nuit, vers une heure moins le quart… Chaque pièce est jouée dans un environnement différent, il y a des pauses pour les repas, bref, c’est festif et inoubliable. Le 24 juin 1982, à la Cité du Havre dans la deuxième pièce du cycle, L’Enfance du Roi Boiteux, l’extraordinaire Robert Gravel (1945-1996), qui joue Richard le boiteux, fait un long monologue sur un tas de sable. 

Peu de temps avant le début de cette scène, un nuage s’installe devant le soleil alors que le roi Richard enfant récapitule les circonstances de sa naissance et entrevoit son destin futur. Et, alors que le comédien, d’une voix enflammée lance sa dernière phrase : « Allons, soleil, ne cesse pas d’éclairer le corps estropié de Richard, car Richard, un jour, égalera ton éclat! », le nuage s’écarte et l’ardent soleil de juin inonde Robert Gravel de ses rayons flamboyants. Le public unanime, fit une ovation au soleil. 

La jonque de La Trilogie des dragons
Le 6 juin 1987, Robert Lepage présente au Festival de Théâtre des Amériques (FTA) la première représentation de la version «totale» de sa Trilogie des dragons. Les trois parties de ce spectacle, Le Dragon vert, Le Dragon rouge et Le Dragon blanc racontent en six heures le destin d’une dizaine de personnages avec, en toile de fond, un portrait de l’immigration chinoise au Canada. La représentation a lieu dans un hangar du port de Montréal et commence en début d’après-midi pour se terminer en début de soirée. 

Vers la fin de la troisième partie, le personnage du britannique William S. Crawford, devenu vieux, s’endort et rêve qu’il revient au port de Hong Kong, où il a passé son enfance. Pour cette scène, le comédien Richard Fréchette, qui jouait Crawford vieux, s’avançait vers le fond de l’aire de jeu, qui était en fait le rideau de fer qui fermait le hangar. On levait alors ce rideau de fer, faisant découvrir au public le quai du port (où l’on avait disposé des barils recouverts d’inscriptions en caractères chinois) et le fleuve Saint-Laurent. Au même moment, complétant l’image de façon spectaculaire, une jonque chinoise aux voiles peintes vert, rouge et blanc, glissait sur les eaux du fleuve, juste vis-à-vis l’ouverture du hangar. Sous l’effet de la surprise, de la beauté et de l’exploit technique, le public, déjà gonflé d’énergie par plus de cinq heures d’un spectacle sublime, se lève d’un bloc et se met à crier. 

Après la représentation, tout le monde parlait du « coup de la jonque ». Or, il ne s’agissait pas d’un coup, c’était un hasard. On découvrit par la suite que cet été-là, dans le port de Montréal, une organisation touristique offrait des excursions portuaires aux touristes... dans une jonque.

 

Superstitions au théâtre
 
Au théâtre, les superstitions varient selon les pays. Par exemple, les Anglo-saxons pensent qu’à proximité ou dans les murs d’un théâtre, il ne faut pas prononcer le titre de la pièce Macbeth de Shakespeare et on désigne cette oeuvre par diverses périphrases : «la pièce écossaise», « la tragédie écossaise», aussi, on ne dit pas Lady Macbeth mais «Lady M». 

Autre exemple, si le vert porte malheur en France, en Italie le violet et en Espagne le jaune sont les couleurs « interdites » sur scène. Les pouvoirs maléfiques du vert sont reliés à différentes anecdotes. Si des comédiens ont trouvé la mort parce qu’ils portaient un costume vert à même la peau, on peut attribuer cela aux effets toxiques de l’oxyde de cuivre présent dans la teinture verte à une certaine époque. D’autre part, dans les passions du Moyen-Âge, le personnage du traître Judas portait un costume vert. On dit aussi que Molière – qui pourtant, occupait avec sa jeune épouse Armande Béjart un appartement où cette couleur abondait – mourut habillé de vert. Les fondateurs de l’un des plus anciens théâtres de Montréal ont voulu conjurer le sort en baptisant leur établissement Le Théâtre du Rideau Vert. 

S’il ne faut pas offrir d’oeillets aux comédiens, cela peut s’expliquer par une coutume qui remonte au dix-neuvième siècle, alors qu’ils étaient engagés à l’année. Quand le directeur du théâtre voulait signifier à une actrice qu’il renouvelait son contrat, il lui faisait livrer des roses tandis que s’il lui envoyait des oeillets, son engagement prenait fin. 
 
Autre interdit : on ne doit pas traverser la scène en sifflant. En France, on ne doit pas prononcer le mot « corde » sur scène ou dans les coulisses. La personne qui dit le mot « corde » sur scène doit payer une amende qui consiste en une tournée de vin blanc. L’origine de cette superstition viendrait des premiers machinistes qui étaient d’anciens marins. Sur un bateau, de nombreuses cordes servent aux manoeuvres et chacune d’elles porte un nom différent (filin, ganse, etc.) et l’on désigne par « corde » celle qui sert à tirer la cloche avec laquelle on salue les morts. 

Si vous voulez porter malheur à un comédien avant une représentation, vous n’avez qu’à lui souhaiter « Bonne chance! » À un comédien qui s’apprête à jouer et que l’on veut encourager, il faut dire « Merde! ». Le comédien, lui, ne doit pas dire « merci » ; il peut ou bien ne rien dire, ou bien dire « je le prends ». En anglais, les comédiens se souhaitent « Break a leg! », c’est à dire « Casse-toi une jambe! »…

Côté cour et côté jardin
Dans le vocabulaire théâtral, le côté cour désigne le côté droit de la scène, vu de la salle, et par opposition au côté jardin. Ces mots viennent d'une habitude prise à la Comédie-Française, à l'époque où la troupe était installée dans la salle des machines du jardin des Tuileries, la salle donnait effectivement d'un côté sur la cour du bâtiment, et de l'autre sur le jardin. Cette habitude est issue des vieilles superstitions des marins, qui n'utilisaient pas les termes gauche et droite sur leurs bateaux (tribord, babord). Le moyen mnémotechnique le plus connu, pour savoir où se situent le jardin et la cour, consiste pour le public à se rappeler les initiales de Jésus-Christ (« J.-C. » comme Jardin/Cour) en regardant la scène.